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1 - Introduction générale

Daniel Maillard
Des expérimentations sur des territoires en réseau pour répondre à trois questions :
(1) à quelles échelles spatiales gérer les populations de grands mammifères dans un système multi-usages (cynégétique, forestier, pastoral, touristique) ?
(2) quel est l’impact des peuplements d'ongulés sauvages et domestiques en moyenne montagne sur la dynamique des paysages et la diversité végétale ?
(3) quelles méthodes de gestion ?

2 - Dans un contexte de changements globaux
Anne Loison
3 - Premier maillon de la chaine des études et recherches : captures, marquages et suivis

Thibaut Amblard & Jean-Claude Reverdy
• Rôle de technicien de terrain
• Présentation de l'équipe de terrain
• Les différents pièges, mesures effectuées et types de colliers utilisés
• Bilan

4 - Le fonctionnement démographique des populations d'ongulés

Mathieu Garel
Comprendre les variations d’abondance des populations naturelles a toujours été un enjeu majeur en écologie. Ces variations sont le résultat des variations dans le temps et l’espace de 4 paramètres démographiques qui fournissent à la population une entrée d’individus (fécondité et immigration) ou une sortie (mortalité et émigration) et dont la résultante forme l’effectif de la population à un temps donné. Grâce à la capture, le marquage et le suivi des animaux, il est possible d’estimer au mieux ces paramètres démographiques et d’identifier les facteurs qui les structurent comme l’âge des animaux ou leur sexe. Nous nous intéresserons ici plus spécifiquement aux paramètres de fécondité et de survie et présenterons les acquis obtenus en la matière sur plusieurs espèces d’ongulés de montagne pour lesquelles ces suivis par capture et marquage ont été initiés il y a maintenant plusieurs décennies. Cette présentation sera aussi l’occasion d’insister sur le rôle démographique de différentes sources d’hétérogénéité (individuelle, environnementale) et sur l’apport pour la gestion de ces suivis à long terme.

5 - Utilisation de l'espace par les ongulés de montagne

Des domaines vitaux individuels à la structure spatiale populationnelle
Antoine Duparc
Les populations sont structurées et les animaux philopatriques.
Cela induit une inertie dans la distribution spatiale et multiplie les interactions sociales.

Structuration des domaines vitaux
Pascal Marchand
Pour comprendre pourquoi les grands herbivores se « limitent » à un domaine vital dont ils ne sortent que très rarement, une étude conduite sur les mouflons du Caroux-Espinouse suivis par collier GPS s’est intéressée aux facteurs qui affectent leurs mouvements.
Les mouvements des mouflons sont d’une part orientés en fonction du niveau de familiarité qu’a chaque mouflon des alentours. Ils ont ainsi tendance à réorienter leurs mouvements vers les zones qu’ils connaissent déjà, et ceci d’autant plus qu’ils sont dans des endroits peu familiers. Ensuite, leurs mouvements sont largement influencés par les structures linéaires, tant anthropiques que naturelles, présentes dans leur environnement.
Même s’ils peuvent facilement les traverser, les mouflons évitent généralement de les franchir et partent plutôt en direction opposée lorsqu’ils s’en approchent de trop près. A une échelle plus large, ces structures linéaires constituent de vraies barrières comportementales et structurent les domaines vitaux. Elles sont sous-représentées dans le cœur intensément utilisé du domaine vital et sur-représentées dans sa périphérie.
Structuration génétique : alors que les femelles apparaissent très casanières, les mâles assurent un brassage génétique.

Effets de la randonnée et de la chasse sur l’utilisation spatiale (chamois, mouflons)
Antoine Duparc & Pascal Marchand
Dans le massif du Caroux-Espinouse, l’influence des randonneurs (printemps-été) et des chasseurs (automne-hiver) sur le comportement des mouflons équipés de colliers GPS a été comparée sur 3 zones présentant des niveaux de dérangements contrastés :
(1) la RNCFS (en bleu/hachuré tout au long de la présentation) où la chasse est interdite et où la randonnée est limitée à quelques chemins,
(2) le Plos des Brus, chassé mais très peu fréquenté par les randonneurs (en vert) et
(3) le plateau du Caroux (en rouge), chassé et abondamment fréquenté par les randonneurs.
Cette étude s’est aussi appuyée sur les contrastes temporels entre les dimanches, jour de la semaine où la fréquentation touristique est la plus importante et où les battues avec chiens ont lieu durant la chasse, et le lundi, jour où ces activités humaines sont considérablement réduites (randonnée) ou absente (chasse). Les différences entre les observations faites entre dimanches et lundis consécutifs en termes d’activité, de sinuosité des mouvements et d’utilisation des habitats favorables pour l’alimentation (landes, pente < 10°) ont permis de révéler l’influence de ces activités humaines.
Durant la période touristique, les mouflons du site le plus dérangé réduisent leur activité en journée et semblent compenser en étant plus actifs en début de nuit. Mais c’est le seul effet des randonneurs constaté sur le comportement des mouflons.
En revanche, en plus de ce report d’activité (observé y compris dans la RNCFS pourtant non chassée), la chasse modifie également les mouvements (moins sinueux le jour et plus sinueux la nuit) et l’utilisation des zones favorables pour l’alimentation (accrue la nuit), ce qui semble traduire une augmentation de la recherche de nourriture la nuit.
A travers cet exemple, on peut donc dire que la chasse a des effets plus importants que les randonneurs sur le comportement des mouflons, que ces effets ne sont pas seulement locaux (ex : activité des mouflons de la RNCFS durant la chasse), et peuvent aussi s’exprimer par des compensations nocturnes.

Structure sociale fine ou les avantages à être social
Juliette Seigle Ferrand
Les mouflons méditerranéens sont grégaires, c’est-à-dire qu’ils vivent en groupe. Cette vie en groupe représente un début de la socialité puisqu’il est important de tolérer ses voisins.
Les individus à plus forte masse ont une socialité plus faible.
La socialité impact donc négativement la masse puisque l’on observe une perte de 5% de la masse entre un individu peu social et un individu très social. Cette perte de 5% peut paraître faible, mais elle représente une perte d’1.5kg en moyenne, et peut conduire à un changement d’état comme passer de reproductif à non reproductif.
Cette perte de masse peut être due à une augmentation de la compétition pour les ressources alimentaires.
De plus, il ne faut pas oublier la relation inverse : la masse corporelle peut avoir un effet sur la socialité. En effet, un individu à faible masse peut avoir besoin des avantages de la socialité pour pouvoir survivre et présente donc une socialité forte. Cette relation n’est pas quantifiée mais il faut la garder en tête.
Nous avons également montré un impact positif de la socialité sur la survie des mouflons. Il y a une augmentation de 5% de la survie entre un individu peu social et un individu très social. Cette augmentation peut paraître faible, mais chez cette espèce, la survie est un paramètre qui varie très peu. Ainsi, une augmentation de 5% représente un réel bénéfice de la socialité.
La socialité est donc coûteuse pour les individus dans leur condition physique, mais leur apporte des bénéfices en termes de survie. Nous pouvons donc dire que la socialité est avantageuse pour les mouflons. Le comportement social peut être avantageux pour les individus en fournissant une protection contre les prédateurs, ou en donnant un meilleur accès aux ressources ou à la reproduction. Dans un même temps, la socialité peut être coûteuse pour les individus et provoquer une augmentation de la compétition ou du transfert de pathogènes.
La récente présence du loup dans la réserve du Caroux-Espinouse (depuis mars 2014) nous permet d’étudier l’impact de la présence du prédateur sur l’organisation sociale. Nous avons pu montrer que le loup restructurait les réseaux sociaux en provoquant une diminution de la préférence sociale des individus.

Sélection des habitats et interactions entre espèces
Anne Loison & Gaëlle Darmon
La coexistence peut résulter d'une absence de densité dépendance (qualité et quantité de ressources suffisantes) ou de facteurs limitants différents (climat) ou de niches différentes même à fine échelle (temporelles, contraintes physiologiques).

6 - Migrer ou rester sédentaire ?

William Gaudry
Au sein de son aire de répartition, le chevreuil rencontre des conditions environnementales variables et contrastées qui engendrent une grande variété de patrons d’utilisation de l’espace. Pour tester la prédiction que les chevreuils devraient ajuster leurs mouvements en fonction des variations spatio-temporelles de leurs ressources, nous avons identifié les facteurs expliquant les mouvements de chevreuils en milieu de montagne. Nous avons pour cela utilisé la métrique du Déplacement Net élevé au carré (NSD). Grâce aux 5 années de suivi télémétrique de chevreuils dans les Alpes françaises (54 individus.années), nous avons démontré que les mouvements des animaux étaient plus grands au printemps et en été lorsque l’indice de végétation (NDVI) augmentait puis plus courts en automne et en hiver lorsque le NDVI diminuait et que le couvert nival était présent. Lorsque le NDVI augmentait, les chevreuils orientaient leurs longs déplacements vers des milieux situés en altitude avec une faible pente. Ce type de mouvement suggère que les bénéfices associés à l’utilisation de ressources de meilleure qualité dans les habitats en altitude permettent de compenser l’augmentation des coûts énergétiques provoqués par le déplacement. Contrairement aux précédentes études sur l’utilisation de l’espace par le chevreuil en milieu de montagne, nous avons montré que les mouvements des chevreuils au sein de notre aire d’étude correspondaient au processus de sélection d’habitat de troisième ordre (48 cas; 89%) plutôt qu’à de la migration partielle, puisque très peu d’individus (6 cas; 11%) avaient stabilisé leurs déplacements au sein de domaines vitaux distincts au cours des saisons.

7 - Régimes alimentaires des grands herbivores de montagne

Les régimes comparés des herbivores et critères de choix
Anne Loison, Claire Redjaj & Marjorie Bison
Chevauchements non négligeables, mais des différences marquées en accord avec les différences de sélectivités attendues.
Critère de choix : énormes contraintes liées à la taille  mastication/capacité de digestion.

Le paysage alimentaire
Antoine Duparc
Le chamois ne mange pas toute la biomasse disponible mais seulement 15% qu'il peut digérer. Il est donc contraint de bien choisir OÙ il va manger. Sélection sur des critères phénologiques et de biomasse.

8 - Influence de l'herbivorie sauvage et domestique

Tiphaine Lefèbvre
Les herbivores induisent chez les plantes une production de composés phénoliques de type flavonoïdes, connus pour leur rôle de résistance anti-herbivorie. L’intensité de production de ces défenses est plus importante lorsque les plantes sont exposées aux génisses (de +11% à +22% selon les espèces végétales) qu’aux chamois (de +1% à +11%), certainement en raison d’une pression d’herbivorie plus importante chez les génisses que chez les chamois.
Cette intensité de production est aussi plus importante chez les espèces de la famille des Asteraceae, connues pour être très appréciées des herbivores. La teneur en chlorophylle des plantes, utilisée comme un proxy de l’activité photosynthétique et donc de la capacité de la plante à tolérer l’herbivorie n’est pas influencée par la présence des herbivores. Impossible de mettre en évidence ce mécanisme de tolérance dans ce contexte.
Les chamois n’affectent pas la qualité de la litière ni leur décomposition, laissant penser que la pression d’herbivorie exercée par les chamois est certainement trop faible pour être mesurable sur ce processus. Les effets des génisses sur la qualité et la décomposition des litières n’ont pas pu être évalués, étant donné les dommages importants causés par le pâturage des génisses, empêchant tout échantillonnage. La constatation de ces dégâts occasionnés par les génisses, tant sur les plantes que sur le sol (piétinement) nous laisse penser que les effets de ces herbivores sur la décomposition des litières et les processus géochimiques qui en découlent sont certainement non-négligeables, et nécessitent d’être évalués.

9 - Changements globaux en montagne

Essor des activités récréatives et influence des activités humaines
Anne Loison

Les chamois n'utilisent plus leur habitat préféré quand il y a des skieurs, qui limitent leur mouvement.
Les chamois perçoivent les chemins de randonnée comme des endroits dangereux. La présence de ces linéaires réduit des possibilités d’accès à des habitats majeurs (ressources des pelouses à Seslerie -20% sur l’alpage d’Armène).

Le climat, un autre changement important en montagne : effets chez le bouquetin des Alpes
Carole Toïgo & François Couilloud

Le réchauffement climatique de certaines parties du globe est maintenant un phénomène reconnu, qui est particulièrement accentué dans les écosystèmes arctiques et alpins, avec la spectaculaire fonte des glaciers. Dans ces milieux, on peut imaginer de manière intuitive qu’il devrait avoir un effet bénéfique sur les animaux sauvages, en diminuant la rigueur de la période hivernale et en augmentant la durée de la saison où ils ont accès à la végétation. Grâce au suivi de la population de bouquetins des Alpes mené depuis plus de trente ans sur Belledonne, nous allons voir qu’il n’en est rien !

Modifications des pratiques pastorales
Daphné Cahours
Le pastoralisme en montagne subit de profondes modifications notamment au sein des alpages qui accueillent des ovins transhumants. L’interaction avec la biodiversité (ongulés et galliformes de montagne) fait l’objet de premiers travaux.

10 - Suivi sanitaire Bauges

Philippe Gibert
Depuis plus de 30 ans, les espaces protégés de montagne gérés par l’ONCFS bénéficient d’une surveillance sanitaire active et passive à l’origine de nombreuses découvertes épidémiologiques comme en témoigne la centaine de publications, rapports et documents divers.
Les objectifs de ce suivi sanitaire sont multiples :
• rechercher les causes de la mortalité des ongulés sauvages
• étudier l’impact des maladies sur le fonctionnement des populations sauvages
• rechercher et étudier les maladies partagées avec l’Homme et les animaux domestiques
• étudier les rapports de cohabitation entre animaux sauvages et troupeaux domestiques dans le but de proposer des mesures de protection si elles existent.

11 - Tétras-lyre

Marc Montadert
L’arrêté ministériel de constitution en RNCFS du 06 janvier 1995 confie 6 objectifs aux co-gestionnaires parmi lesquels en deuxième lieu : « La protection des espèces menacées par l’évolution du milieu comme le Tétras-lyre ».
L’enjeu de conservation dépasse le seul cadre de la réserve qui abrite plus de 40 % des coqs chanteurs du massif.



Auteurs

François Couilloud & Daphné Cahours / ONCFS

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